Depuis que Thierry Lhermitte a imposé sa longue silhouette de dandy devant les caméras, on sait — entre autres — que le Père Noël est une ordure, que les Bronzés font du Ski et Papy, de la Résistance. A son actif, plus de cent trente films, des amis solides et célèbres — la fine équipe du Splendid rencontrée sur les bancs de l’école: Clavier, Blanc, Jugnot & Co — et une popularité qui affole toujours le box-office. Mais que l’on ne s’y trompe pas! Quand le comédien facétieux quitte l’habit du séducteur rigolo apparaît un homme timide, discret, viscéralement attaché à sa vie de famille.
 
Peu enclin à la parole, il s’exprime en revanche volontiers pour faire entendre la voix de ceux qui en sont privés, faute de notoriété. Lorsque nous lui avons demandé s’il accepterait d’être le parrain de notre 8e Prix de la Solidarité, Thierry Lhermitte a tout de suite accepté.
 
Le 6 décembre prochain, lors de la cérémonie, il sera présent aux côtés des dix représentants d’associations caritatives dont nous avons soutenu les actions, et qui seront récompensées.
 
> Interview exclusive de l'acteur au grand coeur!


 
 
 
Parce que le mot solidarité fait partie de son vocabulaire, nous nous sommes servis des lettres qui le composent pour aborder quelques thèmes qui lui sont chers.
 
Son abécédaire…
 
S… comme SOLIDARITE J’ai toujours trouvé normal de mettre ma notoriété au service de causes qui me touchent. C’est une façon d’apporter ma petite pierre à l’édifice et je suis heureux de me rendre utile. De toute façon, quand des gens dont vous admirez le travail vous émeuvent, pouvez-vous faire autrement que les aider? Je soutiens Jacqueline Bonheur, la fondatrice de l’association Enfants Bonheur, depuis au moins vingt-cinq ans. Bien avant de créer cette structure, qui apporte aux gamins en détresse un appui concret et immédiat, sur le plan médical, éducatif, nutritionnel et affectif, Jacqueline a effectué un long parcours dans l’humanitaire. Actuellement, l’association concentre son action en Haïti, où les besoins sont gigantesques. J’ai également été très touché par le combat d’Augustin Savory, que j’ai rencontré à Madagascar en 2006, lorsque j’ai fait l’émission de Frédéric Lopez En Terre inconnue. Ce biologiste s’emploie à préserver la forêt primaire, dont il ne restait déjà, à l’époque, plus que 7%. Pour une fois, les responsables ne sont pas tant les grandes compagnies de bois que, surtout, les autochtones, qui pratiquent la culture sur brûlis. Depuis, je suis resté en contact avec Augustin, que j’ai notamment aidé pour financer un barrage.
 
O… comme OCEANIS 430 C’est le nom du bateau sur lequel je suis parti faire le tour du monde avec ma famille pendant un an et demi. Quelle aventure! Mon rêve a été satisfait, même si, confronté à la réalité, on vit les choses forcément différemment. Mais j’en ai tiré une expérience de vie magnifique, notamment au plan des responsabilités. Pour mon fils, qui avait 6 ans, cela reste un souvenir formidable, sans doute un peu moins partagé par sa sœur, alors âgée de 14 ans, vu qu’elle n’aime pas beaucoup la mer! (Rire.) Elle venait nous rejoindre uniquement pendant les vacances scolaires. En fait, la nature occupe une place très importante dans ma vie, au moins autant que mon métier. Cela m’apaise de me retrouver dans des endroits où il n’y a rien d’humain ni de construit. Ma prochaine expédition? Dans une grotte souterraine! (Rire.)
 
L… comme LITTERATURE J’ai toujours un bouquin que j’ai hâte de retrouver. D’ailleurs, je suis bien plus lecteur que cinéphile. Mes goûts se portent surtout sur les ouvrages scien-tifiques, les romans et les essais. Parmi les derniers qui m’ont marqué : L’animal est-il une personne?, d’Yves Christen (éd. Odile Jacob), et Ce que le jour doit à la nuit, le roman de Yasmina Khadra (éd. Pocket). Il y a quelques années, je ne lisais que dans un seul but: trouver des sujets de films. Ce n’était pas très enrichissant. Résultat: j’ai cessé d’être producteur! Lorsque je suis au théâtre, comme en ce moment, je ne me concentre généralement que sur mon texte, mais cette fois, j’ai fait une exception pour Lettre à un jeune danseur, de Maurice Béjart (éd. Actes Sud). Un petit livre magnifiquement écrit qui se lit en à peine une heure et ne traite pas seulement de danse, mais de philosophie, de la vie.
 
I… comme IMAGE Hum… je sais que les gens sont parfois étonnés de découvrir un décalage entre l’image que je renvoie et qui je suis réellement. Mais qu’y puis-je et que dire? Je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de mon image. Les journées n’ont que vingt-quatre heures, et tant de choses plus passionnantes m’attendent…
 
D… comme DOC MARTIN C’est le titre d’une série anglaise dont TF1 va diffuser une adaptation en six épisodes début 2011. Je joue Martin Le Foll, un chirurgien brillant brusquement victime d’une phobie du sang. Sa carrière étant compromise, il s’installe comme médecin généraliste dans un village où les gens sont sans cesse en conflit. Le ton extrêmement drôle et totalement décalé m’a immédiatement séduit.

A… comme AUVERGNE J’ai découvert cette région en randonnée à cheval avec mes copains… et je l’ai adoptée ! Au point d’acquérir une maison sur le plateau cantalien de l’Artense. Moi qui suis très attiré par les vastes territoires sauvages et préservés, je suis servi!
 
R… comme RECHERCHE Il y a six ans, la FRM (Fondation pour la recherche médicale) m’a demandé d’être son parrain, et j’ai tout de suite accepté car la science me passionne depuis toujours. En fait, j’ai un immense respect pour la démarche scientifique: c’est le contraire du «café du Commerce», de la politique, du baratin en général. Les chercheurs avancent pas à pas, pour répondre à trois impératifs: observer, théoriser, vérifier par l’expérience. Chaque fois que je visite les labos, je rencontre des gens modestes, acharnés, dont le discours précis rend limpides les domaines extrêmement pointus sur lesquels ils travaillent. Quand j’étais gamin, les grands scientifiques étaient des héros, de vraies figures médiatiques. Et aujourd’hui, je suis très triste du manque de considération — me semble-t-il — que la société leur accorde. «C’est dommage, m’a confié un jour un médecin, car la science est un ascenseur social extraordinaire.» En effet, nul besoin d’être fils ou fille de parents cultivés pour devenir un ponte de telle ou telle spécialité.
 
I… comme IRONIE C’est une forme d’humour que je manie volontiers. En réalité, j’aime bien faire et dire des bêtises… surtout aux journalistes! Et je suis très fier de moi quand elles sont imprimées. Mais non, je vous promets que vous, vous ne risquez rien! (Rire.)

T… comme THEATRE Trois ans après y avoir joué Biographie sans Antoinette, de Max Frisch, je suis heureux de revenir sur les planches du Théâtre de la Madeleine dans une pièce de Stephen Belber, Grand Écart… toujours à 19 heures. Et ce n’est pas un hasard: en tant que couche-tôt et lève-tôt, j’apprécie cet horaire. J’ai tout de suite été emballé à la lecture de la pièce dont Tobi, le personnage principal, est un vieux chorégraphe. Pourtant, je n’ai jamais dansé et déteste cela! (Rire.) Mais c’est un rôle dans lequel il est amusant de se glisser, parce que Tobi est très libre, très extrême. Il reçoit la visite d’un couple qui prétend faire une thèse sur lui, mais quand le véritable objet de ce rendez-vous lui est révélé, coup de théâtre! J’aime ce mélange de comédie, de drame, d’émotion et de légèreté. La pièce balaie plusieurs thèmes, dont celui de la passion qu’exige l’art, et de ce que l’on y sacrifie, parfois au détriment de sa propre famille. Personnellement, je n’ai jamais eu à faire ce «grand écart» puisque j’ai vu mes enfants grandir — davantage que certaines personnes qui travaillent tous les jours à heures fixes.
 
E… comme EQUITATION Ma grande passion! Je pratique depuis une quinzaine d’années l’équitation éthologique que Robert Redford a rendue célèbre dans L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux. Le but? Créer entre l’homme et le cheval des relations fondées sur la confiance et le respect mutuels, dénuées de violence et de contraintes. C’est un chemin long, difficile, mais indispensable si vous voulez que l’animal vous respecte.
 
A noter
La pièce Grand Ecart, au Théatre de la Madeleine jusqu'au 31/12, puis en tournée dans toute la France en 2011.

 

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