Ambassadeur de la culture pop
La star du rock Jon Bon Jovi s’exprime sur la politique, le courage et l’engagement
By PAR MARCEL ANDERSReader’s Digest:Il était question que vous fassiez une pause en 2009. Pourquoi avez-vous quand même sorti votre nouvel album «The Circle» à la fin de l’année?
Jon Bon Jovi: Parce que je suis un menteur (rires). Mais c’est juste: nous avions décidé de n’enregistrer que deux ou trois morceaux pour une galette de «Greatest Hits». Mais lorsqu’en octobre 2008 la situation économique mondiale a basculé et qu’en novembre les États-Unis ont élu un nouveau président, nous avions soudain pléthore de sujets intéressants et nous ne pouvions faire autrement qu’écrire. Résultat des courses, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous avions de quoi enregistrer un nouvel album complet.
RD:Qui est très différent de votre production de ces 20 dernières années. Ne serait-ce que par un son de guitare plus rond que l’on associerait plutôt à des groupes comme Coldplay.
JBJ: Mais on y retrouve aussi des hymnes comme We Weren’t Born To Follow – alors si ça ce n’est pas du Bon Jovi! Et je voulais enregistrer un album de vrai rock, avec des textes sur la futilité de toujours vouloir aller plus haut, s’enrichir et ne penser qu’à soi. Après huit ans d’administration Bush, les Américains croient au changement et sont prêts à suivre un nouveau président.
RD:L’euphorie qu’Obama a déclenchée au début de son mandat existe-t-elle toujours?
JBJ: Elle n’est plus aussi forte qu’en novembre 2008, ce qui personnellement me déçoit. Car il y a des gens de l’autre bord politique qui savent exactement comment insuffler la peur dans l’esprit de leurs compatriotes peu au clair sur le sujet. Ils ont beau jeu de les influencer via les médias.
RD:Pouvez-vous donner un exemple?
JBJ: La réforme de la santé. Des millions de personnes aux États-Unis n’ont pas d’assurance maladie. Bien sûr, il y a des groupes d’intérêt qui font leur beurre sur le marché de la santé: fabricants de médicaments, médecins et assurances. Et c’est légitime. Ce que je n’accepte pas, ce sont des mensonges comme: «De toute façon, ça ne fonctionne pas non plus au Canada ou en Grande-Bretagne». Le pire, ce sont toutes les insanités véhiculées par de nombreux médias. Certains vont jusqu’à prétendre qu’Obama voudrait se débarrasser de la population âgée du pays – par analogie au concept d’euthanasie du Troisième Reich selon lequel toute existence «inutile» devait être supprimée. De nombreux Américains croient sérieusement que ce serait aussi l’intention du président.
RD:Hilary Clinton, dont vous avez soutenu la campagne, aurait-elle connu les mêmes déboires?
JBJ: Évidemment! N’importe qui aurait eu les mêmes ennuis. Et s’il y avait aujourd’hui un Républicain à la Maison Blanche, la gauche serait pareillement montée au créneau. Et c’est là le problème avec la politique: nous avons perdu cette retenue qui était encore de mise lorsque Kennedy était en fonction. À l’époque, on montrait du respect au président, même si on ne partageait pas ses opinions. Mais nous sommes arrivés au stade où tout ce que fait le président est systématiquement critiqué. Nous n’avons plus de considération pour le poste qu’il occupe.
RD:Quel est le thème de votre single «We Weren’t Born To Follow?»
JBJ: Il évoque des événements comme la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en Iran. La chanson veut donner du courage aux gens qui s’engagent. Aux gens comme Neda, la jeune manifestante iranienne qui est morte (en juin 2009) pour ses convictions. Ce n’était pas une sympathisante mais une meneuse.
RD:Les États-Unis auraient-ils dû intervenir en Iran?
JBJ: Ils ne l’ont pas fait jusqu’ici et j’espère qu’il en restera ainsi. Il est important de respecter la culture, le gouvernement et la religion des autres pays. Quand on est face à quelqu’un comme Ahmadinejad, il faut se montrer très prudent et avancer pas à pas.
RD:Les politiques et les militaires devraient-ils se déplacer davantage? Les voyages devraient-ils représenter au moins une fraction de leur mandat?
JBJ: (rires) Absolument! Rendez-vous compte: même pas un tiers des Américains n’a de passeport. Alors que notre groupe a voyagé autant que possible au cours de ces 26 dernières années. Nous sommes pour ainsi des ambassadeurs de la culture pop américaine. Et ce depuis des temps reculés remontant au Mur de Berlin et à la Guerre froide! À l’époque nous nous produisions déjà dans les pays du bloc de l’Est et y avons représenté la culture pop.
RD:Pourriez-vous faire de la politique?
JBJ: Vous plaisantez? Je n’ai pas la peau assez dure.
RD:Donc vous vous limitez à ce que vous faites depuis 26 ans, diriger un groupe au succès mondial.
JBJ: Exactement. Parce que s’il est difficile d’intégrer un tel groupe, il est encore plus difficile de le quitter. J’ai passé plus de temps avec ces gars qu’avec ma famille. Je ne me vois peut-être pas le faire encore à 60 ans, mais pour l’heure je ne vois aucune raison d’arrêter. J’ai de la peine à croire que j’ai déjà 48 ans – parce que je me sens comme à 18 ans. Cela dit, je suis sûr que beaucoup d’hommes de mon âge le croient aussi.
RD:On dirait que vous voulez toujours en faire plus. Avez-vous donc un tel besoin de reconnaissance?
JBJ: Peut-être. En tout cas je ne me suis jamais reposé sur mes lauriers. Ce qui me motive vraiment, c’est de relever de nouveaux défis.
RD:Mais il y a quand même un domaine dans lequel vous avez connu votre Waterloo: l’art dramatique.
JBJ: Je n’y touche plus. J’admire trop cette forme d’art pour tourner encore des f ilms que personne n’ira voir.
RD:Et que pensez-vous aujourd’hui de votre premier travail comme vendeur de chaussures? En êtes-vous gêné?
JBJ: Pas du tout.
RD:Étiez-vous un bon vendeur?
JBJ: J’étais assez mauvais. J’ai passé le plus clair de mon temps à empiler les boîtes sur les rayons et à nettoyer les WC. Mais les rares moments passés au pied de jolies filles pour les chausser, c’était quand même génial!
Jon Bon Jovi vit avec son épouse Dorothea dans l’État du New Jersey, aux États-Unis. Le couple a trois fils et une fille. La star du rock a vendu plus de 120 millions d’albums en groupe et 10 millions en tant qu’artiste solo. Depuis début 2010, il est en tournée mondiale avec son groupe Bon Jovi et leur nouvel album «The Circle». Pour en savoir plus sur les dates de concert: www.bonjovi. com/tour
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