Quand j’étais célibataire, je détestais les 14 février. Je me souviens d’u...

La Saint-Valentin? pfff!

Quand j’étais célibataire, je détestais les 14 février.

Je me souviens d’une fille qui gloussait : « Mon doudou me prépare une surprise pour la Saint-Valentin. » Et le lendemain : « Il m’a fait la totale, dîner aux chandelles, fleurs, gros câlin… », et elle guettait dans mon regard une admiration jalouse. Beaucoup de couples s’engueulent pourtant le jour de la Saint-Valentin : Il y a l’homme qui oublie et la femme qui est déçue, il y a la femme qui est contre et l’homme qui est pour, il y a ceux qui essaient de fêter ça mais le champagne est tiède, l’homme boit trop et la femme fait la gueule.

Heureusement, l’amour ne se résume pas seulement à un bouquet de fleurs une fois par an. Cette avalanche de cœurs rouges et roses en chocolat, en papier, en photo, en boîte de bonbons, dans les magazines et les magasins, me soulève le cœur. Pauvres fleuristes, qui n’ont pas attendu la récession pour être en crise : moins de mariages, beaucoup plus de divorces (mais on n’offre pas de fleurs), et toujours autant d’enterrements. Maintenant, au xxie siècle, on commande ses roses sur Internet, plus d’odeurs, plus de « Je préfère celle-là, s’il vous plaît », on clique sur une photo de bouquet, et on est débité

Mon homme est distrait. Pour qu’il n’oublie pas le 14 février, je dois déclencher une vaste campagne de sensibilisation à l’événement une semaine avant. Je fais ça par suivisme, au fond je suis un peu allergique à cette célébration guimauve dégoulinante de mièvrerie. Cette année, je ne dirai rien. Je verrai s'il y pense.

S'il oublie, ce n'est pas grave, mon homme m'a dit un jour: "Nous, on n'est pas amoureux, on s'aime".

Proposé par Anne Roumanoff

 

 Ça a commencé par une remarque anodine : « Tu te crois à la mode, habillée...

«Mère pot-de-colle.»

Ça a commencé par une remarque anodine : « Tu te crois à la mode, habillée comme ça? » C’était ironique, un peu. C’était la première alerte. Ensuite ça a été : « Mais j’ai bien le droit de me dé-ten-dre! », alors qu’elle était vautrée devant la télé depuis deux heures, l’ordinateur sur les genoux, le portable à la main, des céréales au chocolat éparpillées sur le canapé en cuir tout neuf. Puis il y a eu : « Mais lâche-moi! T’es vraiment une mère pot-de-colle » quand j’ai essayé de voir qui étaient ses 175 amis sur Facebook. Ensuite, il y a eu d’autres douceurs que mon amour propre m’empêche de reproduire ici.

Ma fille grandit. Il faut juste que je m’habitue. Elle s’enferme à double tour dans la salle de bains. Quand elle ressort, deux heures plus tard, elle a vidé mon anticernes (qu’elle a laissé débouché sur le lavabo) mais elle a oublié de se brosser les dents. Je la revois en train de suçoter son biberon quand je la portais dans mes bras pour aller à la maternelle. A l’époque, je décidais encore comment elle s’habillait. Maintenant, c’est elle qui m’entraîne dans des séances de shopping frénétiques : « Fais-moi confiance, le violet c’est LA couleur de l’hiver ». Rentrée à la maison, je réessaie la tunique violette avec des volants verts, sous le regard sceptique de mon mari. Et le vêtement atterrit direct dans l’armoire de la jeune conseillère.

Ma fille grandit, et ça m’étonne. Ses grandes guiboles de sauterelle me fascinent, surtout quand je regarde les deux jambonneaux qui me tiennent lieu de jambes. Je ne lui dirai jamais, mais finalement elle est bien moins pénible que moi à son âge. C’est juste que j’ai l’impression d’être passée de l’autre côté de la barrière. Peut-être que c’est moi qui n’arrive pas à grandir...

A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine.

Proposé par Anne Roumanoff

 

 Sous prétexte qu’en visant la Lune, on atteint le Soleil, à ...

En 2010, je me détends !

Sous prétexte qu’en visant la Lune, on atteint le Soleil, à chaque nouvelle année, on dresse une liste de bonnes résolutions totalement surréalistes.

Voici quelques douces suggestions pour bien démarrer l’année 2010 :
- Ne plus faire aucune tentative de sport. L’activité physique peut être dangereuse pour la santé. Pourquoi risquer un claquage musculaire ou un malaise vagal ? Faisons comme Churchill : « No sport. »
- Arrêter de vouloir absolument contrôler son alimentation. Puisque les régimes sont voués à l’échec, autant manger ce qu’on aime et aimer ce qu’on mange. Dans une même journée, on essaiera juste de ne pas mélanger frites et spaghettis carbonara, chocolat et macarons, glace à la vanille et tarte au citron.
- Renoncer à suivre la mode. La mode change tout le temps. Essayer d’être à la mode, c’est comme courir après un train en marche, on s’essouffle, on s’épuise… et on vide sa carte bleue.
- Arrêter de faire des reproches à son conjoint (on l’a choisi pour ce qu’il est, alors pourquoi vouloir absolument le changer ?). Faites-lui plutôt des compliments. Une fois la surprise passée, avec un peu de chance, il vous en fera aussi.
- Assumer enfin les addictions dont on a un peu honte : regarder ses mails toutes les vingt minutes, jouer au Tetris sur son portable, lire les magazines people, acheter toutes les nouvelles crèmes antirides…
- Se débarrasser de tout ce qui ne sert à rien, faire le tri, donner. Ça fera moins de choses à ranger.
- Et surtout penser à respirer, se détendre, aimer et sourire.

Bonne année à vous !
 

A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine.

Proposé par Anne Roumanoff

 

 Depuis six mois, quand on allume la télé, on est submergé de mauvaises...

Le coup de la tartine

Depuis six mois, quand on allume la télé, on est submergé de mauvaises nouvelles dès le petit déjeuner : faillites, licenciements, restrictions budgétaires…On soupire un bon coup, ça ne va pas mieux, on pense et on reprend une tartine pour se réconforter.Le pain, le beurre et la confiture, c’est une valeur-refuge en temps de crise. On boit un deuxième café parce qu’en ce moment, il vaut mieux être performant dans son boulot.

Et puis on sort en essayant d’ignorer les manchettes des journaux : « Baisse du pouvoir d’achat, grèves, récession… ». Dans la rue, les visages sont fermés, sans doute des gens qui ont peur de n’avoir bientôt plus rien à mettre sur leurs tartines. On ne peut pas grand-chose contre cette crise, sauf serrer les fesses en espérant ne pas être trop touché et attendre que ça passe. S’il n’y avait que la crise économique qui nous tombait dessus… mais moi, j’ai aussi à gérer la crise d’adolescence de ma fille, la crise de la quarantaine de mon mari, ma crise d’angoisse devant la prémé­nopause, la crise sexuelle de mon couple, la crise des relations diplomatiques avec ma mère…

Pendant que le gouvernement essaie de relancer l’économie, moi, j’essaie juste de relancer mes économies : quand ma fille explose son forfait de portable, je pique ma crise. Quand c’est moi qui explose mon forfait, je cache la facture. La crise, c’est douloureux, mais de la crise émerge souvent le renouveau. Vivement que le changement arrive, car je commence à trouver le temps long ! En attendant, je reprendrais bien une petite tartine…    
 

A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine.

Proposé par Anne Roumanoff

 

 Les enfants d’aujourd’hui ne demandent pas de cadeaux, ils les exigent : «...

«Un immonde sac violet»

Les enfants d’aujourd’hui ne demandent pas de cadeaux, ils les exigent : « Je veux un jeu Nintendo Supermario Bros., un Wii des Totally Spies, un iPod bleu. » On est loin des oranges qui émerveillaient les enfants au sortir de la guerre, du coffret « Chimie 2000 » qui me ravissait dans les années 70 et de la maison de Barbie qui faisait le bonheur des petites filles dans les années 80. J’aime recevoir des cadeaux ; le papier d’emballage qu’on arrache, le ruban qu’on dénoue fébrilement. J’aime murmurer les remerciements d’usage : « Fallait pas, merci, ça fait longtemps que j’en voulais un. »

S’extasier devant un immonde sac à main violet.
« Tu peux changer si tu veux.
— Mais non, j’adore, vraiment. »

On guette la trace d’un ticket cadeau. En vain. Il faudra faire du charme à la vendeuse pour changer la couleur ou le revendre sur e-Bay. Petit mémento pour ceux qui ne savent pas quoi offrir à leur femme à Noël : de la lingerie (90B, ils oublient toujours notre taille), un sac à main (pas violet), un diamant (même tout petit)… A éviter absolument : une crème antirides (utile mais vexant), les pierrades-gaufrières-friteuses (qui finissent leur carrière en haut du placard de la cuisine), les boîtes de chocolats (une insulte à notre combat permanent contre les bourrelets. Tous ces gens qui, au même moment, s’interrogent sur ce qui pourrait faire plaisir à leurs proches, ça m’émeut. Peu importe si on tombe souvent à côté, l’important c’est de participer.

Mais attention, fièvre acheteuse en décembre, gueule de bois bancaire en janvier !

A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine.
 

Proposé par Anne Roumanoff

 

 «On est mieux à deux dans un lit !» Au début, on est comme deux...

«On est mieux à deux dans un lit !»

«On est mieux à deux dans un lit !»

Au début, on est comme deux sangsues agglutinées sur un canapé Clic-Clac de 1,20 m de large. On a 20 ans, on dort n’importe comment. Nus, enlacés. Après, on se partage le territoire. « C’est MON côté ! » Et vient le temps des négociations. Il a toujours chaud, vous avez tout le temps froid. On est à l’aise avec l’autre, comme avec un autre nous-même. On ronfle, lui aussi. Il émet des gaz…, pas nous. On nie, on râle, on rit, ça doit être ça, « partager l’intimité ».

La couette acrylique multicolore laisse place à des draps 100 % coton. Le lit fait 1,60 m de large. Les enfants s’y enfournent le dimanche matin, c’est chaud comme un refuge. Ils grignotent leurs Doo Wap en regardant Disney Channel. On râle pour les miettes et pour le principe. Le lit est témoin de toute notre vie. Des câlins du soir qu’il faut maintenant programmer. Attendre que les enfants soient plongés dans un profond sommeil. Rabattre les draps sur les corps au cas où un petit indiscret surgirait au moment inopportun. Le lit est témoin des orages, quand chacun dort à une extrémité, agrippé à son oreiller, et qu’on évite de s’effleurer. Lit champ de bataille puis lieu de douces réconciliations.

Quand l’homme part en déplacement, on grignote des Cracottes, on regarde Desperate Housewives en surfant sur Facebook, et puis il y a comme un vide. Le lit est comme un navire abandonné, ses ronflements nous manquent, son tee-shirt délavé aussi, et il faut bien se rendre à l’évidence : on est beaucoup mieux à deux dans un lit.   

A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine. 
 

Proposé par Anne Roumanoff

 

 La petite silhouette surchargée d’un lourd cartable s’engouffre sous le...

«Convoquée à l'école»

La petite silhouette surchargée d’un lourd cartable s’engouffre sous le portail vert.

Tout à coup, on a 7 ans et un nœud dans l’estomac. Elle est là. On lui dit : « Bonjour, Madame », bien poliment, comme au xxe siècle. Elle va régner sur la vie de notre enfant de septembre à juin. Elle a un nom étrange, auquel il faudra s’habituer : Mademoiselle Pintiaux, Madame Alain, Mademoiselle Sukovic. L’enfant prononcera ce nom à toute vitesse : « Madamalain elle a dit que il fallait prendre des douches, parce que les bains c’était mauvais pour la planète, alors j’ai vidé ton bain. »

Parfois Madame Alain nous convoque. Elle veut envoyer notre enfant chez le psy, l’orthophoniste, ou les deux. On est vexé, mais on remercie. Elle n’est pas dupe. Elle sait bien que derrière chaque sourire mielleux se cache une langue de vipère qui s’épanouit sur le trottoir de l’école. Les parents ne sont pas tendres avec les maîtresses de nos jours. Trop de devoirs ? Une pétition. Pas assez de devoirs ? Une pétition. Pourtant, on l’admire de supporter vingt-huit gamins, huit heures d’affilée. Il faut les voir, en fin de journée, les têtes des mamans qui se sont risquées à accompagner une sortie scolaire, l’œil vide, le cheveu flasque, la voix éraillée à force d’avoir crié. L’enfant parle de Madame Alain avec respect, ça nous agace un peu, même si on sait que, dans quelques années, il dira : « La prof de français, elle est trop débile, elle s’aperçoit pas quand j'écoute mon iPod. »Je vous laisse, je suis convoquée chez Madame Alain.

A lire : On ne nous dit pas tout d’Anne Roumanoff et Bernard Mabille, éd. Fetjaine.

Proposé par Anne Roumanoff

 



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