Hommes et femmes inégaux face à la maladie
Les deux sexes sont inégaux face à la maladie. Pourquoi? Quelques éléments de réponse.

En matière de santé, homme et femme sont différents. Tout comme devant la maladie. Ces observations méritent d'être connues.
A chacun sa prescription
D’un point de vue strictement organique, la femme n’est pas l’égale de l’homme. Poids, morphologie, métabolismes rénal et hépatique, fluctuations hormonales… Autant de facteurs susceptibles d’influer sur l’action d’un médicament. De même, les femmes sont davantage exposées aux effets secondaires que les hommes. Une vaste enquête menée en 2005 sur les effets de l’aspirine a abouti à des conclusions étonnantes : celle-ci n’aurait pas les mêmes vertus protectrices selon les sexes, mais aussi selon l’âge chez les femmes. Avant 65 ans, elle diminuerait le risque d’accident vasculaire cérébral (pas chez l’homme), mais ne présenterait un intérêt en prévention de l’infarctus que passé 65 ans.
Les scientifiques savent que le métabolisme des médicaments n’est pas le même chez l’homme et la femme — l’équilibre hormonal et la physiologie influant sur la façon dont l’organisme stocke et synthétise les substances médicamenteuses. Il est également admis que les femmes récupèrent plus facilement d’un accident vasculaire cérébral : leur cerveau sait mieux remplacer ses circuits neuronaux lésés. L’inégalité des sexes se manifeste, par ailleurs, dans la perception de la douleur comme dans la réaction aux traitements antalgiques.
De plus, les deux sexes n’ont pas le même rapport aux soins. Alors que les femmes n’hésitent pas à se rendre chez le médecin à titre préventif, les hommes ont tendance à attendre un stade plus avancé de la maladie pour consulter, augmentant ainsi le risque de mortalité. Les statistiques indiquent également que les accidents et les suicides sont plus fréquents dans la population masculine. En pratique, pourtant, ces interactions entre sexe et santé échappent encore souvent aux postulats de la médecine.
On ne vieillit pas de la même façon
L’espérance de vie des femmes étant supérieure à celle des hommes, de nombreuses pathologies liées à l’âge, telles que la démence sénile, sont étiquetées « maladies féminines ». Or le vieillissement n’est pas seul en cause ici : des études établissent une corrélation entre démence et œstrogènes. D’autres travaux de recherche ont mis en évidence un déclin des capacités cognitives après la ménopause, prouvant que le cerveau ne vieillit pas de la même façon selon le sexe.
La douleur en question
On serait tenté de croire que les femmes tolèrent mieux la douleur pour connaître celle de l’accouchement. La réalité est plus complexe ! La perception de la douleur diffère selon le sexe, tout comme la réaction aux antalgiques. Alors que l’on constate une élévation de la tension artérielle chez l’homme, le phénomène a tendance à s’inverser pour la femme, qui subit plutôt une accélération du rythme cardiaque.
D’après plusieurs expériences scientifiques, les femmes se révéleraient plus sensibles à certains types de stimuli douloureux. Soumises à une chaleur ou à une pression élevées, elles ont montré un seuil de tolérance inférieur à celui des hommes. Là encore, c’est la physiologie féminine qui serait en cause : les hormones peuvent influer sur le système nerveux et l’action des endorphines — ces substances inhibitrices de la douleur naturellement sécrétées par le cerveau.
A l’inverse, des études concluent que les hommes sont plus vulnérables à d’autres formes de douleur et moins efficacement soulagés par certains antalgiques de type paracétamol associé à des opiacés.
Les femmes deux fois plus sujettes à la dépression que les hommes !
C’est le résultat de la plus vaste enquête épidémiologique sur la dépression jamais réalisée en France, due à l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) en 2005. L’étude précise cependant qu’elles sont également plus enclines à consulter — la population masculine se montrant plus réticente à reconnaître des états d’addiction ou de mal-être qui permettent de repérer un épisode dépressif.
Le défi, pour les médecins, consiste donc à déceler cette maladie chez l’homme. Mais le choix du bon traitement est tout aussi crucial. La plupart des médicaments utilisés en psychiatrie sont stockés dans les tissus adipeux. La proportion de masse grasse étant supérieure chez la femme, celle-ci risque d’en subir plus tôt les effets secondaires. Une sexospécificité supplémentaire à ne pas négliger.
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